Portrait d’artiste : Oliver Gadoury

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16 Mai 2026

Entrevue réalisée à l’automne 2025

Oliver Gadoury est un artiste et designer multidisciplinaire, venant de la Colombie-Britannique. Vivant désormais à Montréal, sa pratique artistique navigue entre design graphique, illustrations et murales, le voyage nourrissant énormément son inspiration. Ses œuvres sont traversées par une forme de simplicité et de nostalgie qu’il souhaite transmettre à tous·tes celleux qui rencontrent son art. À travers ses gestes de crayons et de peinture, il s’assure de conserver une trace humaine dans tout ce qu’il fait.

Anaïs Duguay (AD)

Oliver Gadoury (OG)

Les inspirations du moment

AD : Tu te spécialises dans tout ce qui touche aux images de marque, à la conception web, à l’illustration. Je suis allée voir sur ton site et il propose une variété de projets et d’œuvres super large qui sont réalisés un peu partout à travers le monde. J’ai vu que tu avais fait une murale dans une auberge de jeunesse dans une ville au Mexique, ce qui m’a fait réfléchir à la question suivante : pourquoi prendre la décision de t’installer à Montréal et poursuivre ta pratique artistique ici? Qu’est-ce qui t’inspire dans la ville, qu’est-ce qui t’incite à vouloir rester?

OG : Bien sûr, le voyage m’a beaucoup inspiré pour commencer mon trajet artistique. J’ai toujours été artistique, mais avant de vraiment commencer à voyager, j’étais plutôt intéressé par la photographie. Après un certain temps, je trouvais ça un peu limité du côté de la création. Je commençais de plus en plus à faire du dessin, puis ça m’a suivi avec mes voyages. 

J’ai déménagé à Montréal en 2022 après mes études à Vancouver, après quelques voyages en Europe et après avoir habité là-bas. Je cherchais quelque part d’un peu plus urbain, quelque part de différent, quelque part qui pourrait m’inspirer. J’avais déjà visité Montréal l’été d’avant et j’avais totalement capoté.

AD : Oui, les artistes aiment beaucoup Montréal. C’est une ville qui donne envie, surtout l’été avec notamment le festival MURAL. Dans l’environnement montréalais — parmi l’architecture, les gens, les communautés — qu’est-ce qui t’inspire le plus?

OG : Tout! Je trouve de l’inspiration dans tout ce qui m’entoure, que ce soit dans la vie ou ce que je vois autour de moi. Aussi dans les autres types d’arts, les artistes, les autres médias comme la littérature. Je lis beaucoup! Tout ça m’inspire.

AD : Quel·les artistes montréalais·es, ou autres, t’inspirent ?

OG : Je suis beaucoup inspiré par des artistes d’ici et d’ailleurs. Il y a énormément de talent et de créativité qui se passe à Montréal et je me sens chanceux d’en faire partie, ainsi que de pouvoir compter certains artistes parmi mes amis. Notamment, Chien Champion, Sandy Lamb, Jason Botkin et Jason Wasserman qui sont des sources d’inspiration pour moi.

L’importance de l’art public

AD : On remarque aussi ta présence dans l’espace public. Je suis récemment passée devant le Club 777 et j’ai remarqué le banc que tu avais peint. Je ne savais pas que c’était ton travail jusqu’à ce que je me mette à faire de la recherche sur toi! Qu’est-ce qui t’appelle dans l’art public? Pourquoi veux-tu que ce soit mis au premier plan?

OG : Je trouve que c’est quelque chose d’intéressant parce que mon trajet d’artiste a vraiment commencé par des croquis faits en voyage. C’est comme prendre des morceaux de mes voyages puis les amener avec moi. Mes premières expériences dans l’art mural, c’était au Mexique et c’est intéressant de laisser ta trace quelque part d’autre au lieu de prendre quelque chose avec toi et de le ramener. Quelque chose dont les autres peuvent profiter et s’inspirer. C’est un partage.J’aime aussi travailler sur une grande œuvre. C’est intéressant de traduire des dessins de quatre par six pouces, dans des petits carrés, à quelque chose de 40 par 60 pieds.

AD : Oui, j’avoue que c’est un travail intéressant de partir de tout petit et faire ça plus grand pour que tout le monde puisse y avoir accès. Tous les jours, les gens qui passent là voient ta trace, même si tu n’es plus là. 

OG : Je transforme l’environnement. J’adore ça voir un mur qui était blanc que tu recouvres de couleurs, dans un design inspirant qui apporte à chaque jour de la joie aux autres.

AD : As-tu fait d’autres murales dans ce genre, dans d’autres endroits?

OG : J’ai participé à certaines, dont une cet été, en collaboration avec MU. J’étais assistant là-dessus. J’en ai fait quelques-unes qui sont plutôt commerciales. En ce moment, je suis en train de travailler sur d’autres projets.

AD : Est-ce qu’elles vont être toutes ici ou elles vont être dans d’autres endroits?

OG :  Les deux prochaines vont être ici, mais elles sont encore en développement.

La formation

AD : J’ai remarqué que ton travail conserve la trace du geste, avec un style qui rappelle les croquis; il y a la présence du dessin, des stylos, des marqueurs. Est-ce qu’il y a un désir de laisser visible ces marques de fabrication? Si oui, d’où vient ce désir? Pourquoi veux-tu qu’on voit le trait de crayon?

OG : Je ne sais si je dirais que ça laisse la trace du croquis, mais je veux que ça conserve la présence de la main, qu’on puisse voir que c’est fait à la main, que c’est humain. Même si c’est fait « en collaboration » avec un ordi ou un Ipad, c’est quelque chose qui garde sa personnalité. C’est ce qui est le plus important pour moi. C’est certain que ma formation est le crayon, le stylo, le feutre sur papier. Ça paraît dans mon travail parce que c’est avec ça que j’ai appris à dessiner.

AD : Tu viens de Vancouver, tu as fait tes études là-bas.

OG : J’ai grandi à Toronto, mais j’ai habité à Vancouver pendant quatre ans et demi. Durant cette période, j’ai aussi habité en Europe, huit mois en France où j’ai passé le début de la pandémie.

AD : Et quelle est ta formation? Dans quoi as-tu décidé d’étudier? Comment tu t’es retrouvé à être où tu en es aujourd’hui?

OG : J’étais en étude de médias, donc plutôt profil communication. Pendant ce temps-là, j’ai eu le plaisir d’essayer plein de types de médias, soit dans l’écriture, dans le journalisme et aussi les études de film – que j’adore, qui m’inspirent –, la photographie, le design numérique et même différents types d’impression.

AD : Et après, j’imagine que la vie t’a mené où tu es aujourd’hui, tu as eu la chance d’avoir des opportunités.

OG : Oui! C’est drôle, j’ai commencé dans la technologie, à faire des design de site web avec mes ami·es pendant que j’étais au secondaire jusqu’au début de l’université. J’ai été de plus en plus attiré vers les trucs faits à la main, plus organiques, plus humains d’une certaine façon. Maintenant c’est vraiment un mélange entre illustrations digitales, numériques ou des murales toutes faites à la main.

AD : C’est le fun de voir que des fois on part d’une place, pas nécessairement à l’opposé, mais qui mène vers quelque chose de différent. 

Ton esthétique est très simpliste, avec beaucoup de lignes, mais ça reste un style très évocateur. Il y a quelque chose de presque essentiel. Qu’aimerais-tu que les gens ressentent quand ils voient ton travail? Quelles émotions veux-tu produire chez eux?

OG : À la base, prendre un moment pour voir la beauté dans le quotidien, d’en regarder une certaine partie d’une différente manière. Peut-être amener de la nostalgie, que ça fasse réfléchir au monde d’une autre façon, de le voir d’un nouvel angle. 

AD : Justement, je trouve que le banc devant le 777 a une esthétique années 80, quelque chose du diner.

OG : Oui, c’est quelque chose de très mode, dans la technologie.

AD : Comme j’ai mentionné au début, tu navigues beaucoup entre l’illustration, le design graphique, la conception web. Comment le fait de pratiquer autant de discipline artistique t’enrichit et comment est-ce qu’elles s’enrichissent entre elles?

OG : Je pense que la combinaison de ma formation digitale et de ma propre passion pour les dessins m’a amené à développer des compétences qui me permettent de gérer des fichiers numériques, de comprendre les logiciels et en même temps, je peux aussi réfléchir de manière analogue. J’ai de l’expérience pour faire de l’impression ou faire de la peinture à la main. Je pourrais voir une situation de deux façons différentes. Ça me donne simplement plus d’outils dans mon travail.

AD :  Oui. Avec une formation dans le digital, c’est bien de pouvoir combiner les deux. Ça doit être plus facile quand tu es en collaboration avec d’autres artistes. Ça fait en sorte que tu peux offrir toute une gamme de produits, toute une production. Ça permet aussi aux gens qui te suivent d’aller chercher quelque chose qui leur plaise. Justement, je suis allée voir sur ton site et j’ai pu voir la diversité de ce que tu offres comme expérience. Et pourtant, ta marque reste dans chacune de ces œuvres. C’est le fun de voir que tu es capable de combiner tes différentes expériences tout en gardant ta propre signature.

OG : Oui et ce sont des compétences qui sont amenées par le design graphique. Même aujourd’hui, je vois des gens autour de moi qui n’ont pas de vraies compétences dans le design imprimé, car maintenant, il y a un plus grand focus sur le design digital, que ce soit pour les produits ou les sites web. C’est intéressant d’avoir eu de l’expérience avec une agence, l’expérience de la collaboration avec d’autres ami·es ou même l’expérience de faire des projets imprimés, de concevoir sur un ordi, de l’amener à un produit final imprimé, physique.

AD : Est-ce que tu as un atelier où tu imprimes ? Présentement, on a les prints du Bagel Saint-Viateur, le café Olimpico et d’autres dans le même style. Est-ce toi qui fais cela ou il y a une place qui le fait pour toi, puis après tu les amène ici? Comment fonctionnes-tu quand tu vends en boutique? Quel est ton processus avant que ça arrive ici?

OG : Celles dont tu parles, je les ai faites faire avec La Bourgeoisie Sérigraphie qui est un imprimeur local, à Montréal. Malheureusement, ils vont fermer donc je vais avoir besoin d’imprimer mes prochaines impressions avec quelqu’un d’autre. J’ai essayé de faire mes impressions de façon locale, du moins au Canada pour supporter les autres entreprises, les artisan·nes canadien·nes locaux·ales. J’aimerais bien faire des impressions moi-même. Ça dépend du processus. Il y a certaines choses qu’il vaut mieux laisser à d’autres personnes, mais si ce sont des impressions digitales comme jet d’encre ou quelque chose comme ça, je suis capable. Il y a l’Atelier Circulaire dans le même immeuble où j’ai mon atelier de création et ils ont de l’expérience dans l’impression numérique, sérigraphie, tout ça où on pourrait payer un abonnement pour y avoir accès.

AD : Et les œuvres qu’on a ici, tu les as faites d’abord à la main, ensuite digitales puis tu les as envoyées (à La Bourgeoisie Sérigraphie) en demandant les dimensions et ils te les ont faites? 

OG :  Celles-là sont faites digitales. Ça commence comme croquis à la main puis c’est vectorisé pour que je puisse changer les dimensions.

AD : C’est super intéressant! Je me demandais comment ça se passait parce que j’imagine que ce ne sont pas tous·tes les artistes qui ont la chance d’avoir de grosses imprimantes pour le faire.

OG : Oui, c’est tellement cher! Les machines peuvent coûter des milliers de dollars.

AD : Oh mon dieu! Puis ça prend de la place pour faire ça, et du temps.

Futurs projets

AD : On parlait plus tôt des projets de murales que tu as en cours, mais est-ce qu’il y a un autre projet, un médium, une idée ou un motif qui vient te stimuler présentement?

OG :  Travailler sur plus d’originaux. C’est un but pour moi de faire ma première exposition ce printemps. Travailler sur des plus grands formats, sur du dessin à l’encre fait avec un pinceau ou un stylo. Bien sûr, faire des toiles. Je ne dirais pas que j’ai peur, mais je ne me suis jamais senti prêt à me diriger vers un format comme celui-là avec de la peinture. Honnêtement, je pense que de m’être lancé dans le milieu de la murale fait en sorte que maintenant, je vois une toile de quelques pieds par quelques pieds et je trouve ça petit.

AD : Ça peut tout aussi faire peur parce que quand le caneva est plus gros, ça te laisse plus de place à l’erreur tandis que plus petit, tu peux moins changer tes proportions. Il faut être sûr que ça rentre bien, que ça ressorte bien aussi. Le grand versus le petit à l’œil humain c’est très différent. Même si on avait la même idée, sur le tableau versus sur un grand mur, ça ne donnerait pas la même impression, surtout pour les spectateur·ices. 

OG : C’est ce que m’a montré la murale justement. Plus l’œuvre est grande, plus tu as de la place pour l’erreur parce que ça se cache un peu plus. Je suis habitué à travailler avec de l’encre et si tu fais une erreur avec de l’encre, ça fait partie de l’œuvre. Avec de la peinture acrylique ou à l’huile, tu peux recouvrir. 

AD : Le grand permet de laisser de la place, de respirer. 

OG : Hahaha. Pas que c’est le but de faire des erreurs!

AD : Non, mais les gens le verront moins. Donc, des murales qui s’en viennent, une exposition au printemps… Est-ce que tu aurais déjà une idée ou une thématique générale?

OG : Le voyage, c’est sûr. C’est une constante dans tout mon travail, que ce soit quelque chose que j’ai vu ou que j’ai vécu. C’est sûr que ça prend sa place. Sinon, en ce moment, je suis un peu plus pris par la philosophie. Peut-être que ça va laisser sa trace. J’ai grandi dans le monde du skate, donc ça m’inspire aussi. J’ai récemment fait une œuvre simple, minimaliste d’un gars qui fait du skate. Ça devient un peu abstrait parce que c’est minimal. Je vais peut-être en faire quelques autres de ce genre, inspirées par le plein air, par les sports, par les activités que je fais. 

AD : Est-ce que tu aurais déjà un endroit où tu aimerais exposer ou tu es encore en recherche?

OG : Je pense que je vais voir ça quand les œuvres seront finies pour trouver un bon espace pour les exposer. Bien sûr, le Livart c’est une bonne inspiration. Sinon ma copine est écrivaine, alors elle a fait son lancement de livre dans un petit local sur la rue Bellechasse. C’est un endroit avec lequel elle est familière, donc ça pourrait être là-bas.

AD : Est-ce qu’il y aurait autres choses que tu voudrais mentionner ou partager qu’on pourrait ajouter au portrait d’artiste?

OG : Autant le voyage m’inspire, autant je suis aussi inspiré à faire plus d’art pendant mes voyages.

AD :  Comme tu l’as fait au Mexique.

OG : Exact. J’aimerais vraiment faire plus de murales pendant mes voyages, dans les lieux où je reste par exemple.

Murale faite lors d’un voyage au Nicaragua

AD : Est-ce que ce projet était prévu avant que tu arrives?

OG : Pas du tout haha! J’étais dans une auberge et je leur ai offert. Ils sont devenus un peu des amis et ils m’ont dit qu’ils aimaient mon style, qu’ils aimeraient faire des graphiques de t-shirt. Donc j’ai fait ça pour un de leur local. Puis le propriétaire est venu me voir à ma dernière journée et m’a proposé de venir à leur nouvelle auberge qu’ils allaient ouvrir pour faire des murales, des fresques là-bas. Je leur ai dit que je n’avais aucune expérience. Je suis plutôt dans le carnet, les stylos, avec des feutres et des plus petits formats. Je n’avais pas tant d’expérience avec la peinture. Donc, j’ai demandé à des amis sur Insta qui ont de l’expérience et j’ai fait des recherches sur Youtube, sur Google pour découvrir.

AD : C’était vraiment une expérience de A à Z.

OG : Oui.

AD : Comment es-tu ressorti de cette expérience? Est-ce que tu t’es dit « Ok, je veux continuer à en faire »?

OG :  Bien sûr, passionné, avec de meilleures connaissances. C’était le meilleur type de formation, faire des erreurs, les corriger. 

AD : Ça a pris combien de temps?

OG : C’était un trio de trois murales et chacune était de trois par cinq mètres. Donc environ une semaine chaque pour trois semaines au total. Je me réveillais à sept heures du matin et je travaillais jusqu’à neuf heures du soir.

AD :  Quand j’étais allée voir, j’avais compris que c’était juste celle affichée sur le site. On a aussi l’impression que ce n’était pas la première fois que tu faisais ça et pourtant c’était ta première expérience un peu à l’improviste.

OG : Je suis toujours un peu tête de cochon, ça doit fonctionner. 

AD : Haha! Super alors, merci beaucoup pour ton temps!

Crédit photos : Oliver Gadoury