Mélissa Longpré : observer le vivant, entre art et science

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8 Sep 2026
Mélissa Longpré ©Katya Konioukhova

Comment regarder autrement ce qui nous entoure ? C’est la question qui guide le travail de Mélissa Longpré. À la croisée de l’art contemporain et des sciences naturelles, l’artiste développe une pratique fondée sur l’observation du vivant. Ses œuvres invitent à ralentir et à redécouvrir des éléments du quotidien que l’on remarque parfois à peine.

Originaire de Carleton-sur-Mer et installée à Montréal, Mélissa Longpré garde un lien profond avec les écosystèmes de la Gaspésie. Les résidences qu’elle mène au Québec et à l’étranger lui permettent de découvrir d’autres milieux naturels qui nourrissent ses réflexions. « J’ai toujours eu un intérêt pour les sciences naturelles et pour les arts », deux domaines qui dialoguent aujourd’hui au cœur de sa pratique.

Ensemble de dessins sur panneaux de bois ©Katya Konioukhova

La résidence Aux embouchures, menée en 2019 en Haute-Gaspésie, marque un tournant dans son parcours. Pendant un mois, Mélissa Longpré explore le territoire, collecte des matériaux issus de la biodiversité et réalise une installation in situ. Cette expérience pose les bases d’une méthode qu’elle développe encore aujourd’hui : partir d’un lieu, s’y immerger et laisser la recherche évoluer.

Son travail autour des algues illustre cette démarche. Amorcé lors d’une résidence en Norvège en 2022, il se poursuit pendant deux étés en Gaspésie, où elle en explore les possibilités de techniques d’impression expérimentale. Son approche a alors été décrite comme une manière de « poétiser la science », une formule qu’elle aime reprendre.. Elle emprunte certaines méthodes aux sciences naturelles en dressant des inventaires évolutifs et non exhaustifs. Les spécimens sont identifiés et documentés, parfois avec des biologistes ou des spécialistes locaux. Ils deviennent avant tout un moyen de questionner notre relation au vivant.

Exposition Alguier d’été, 2025 ©Mélissa Longpré

Dans cette pratique, la photographie occupe une place essentielle. L’image est avant tout un outil de recherche. Elle lui permet de documenter une installation, de conserver la trace d’un pigment végétal appelé à disparaître ou de révéler un détail que l’œil ne perçoit pas toujours. Beaucoup de ses photographies sont réalisées à l’échelle 1:1 (soit la taille réelle de l’objet photographié), créant une rencontre directe entre le visiteur et le sujet observé. Cette attention au détail remonte à l’enfance. Petite, elle collectionnait les insectes et ramassait déjà coquillages et fossiles sur les plages gaspésiennes. Ce goût pour la collecte ne l’a jamais quittée et nourrit encore aujourd’hui sa pratique.

Collection 01 (oiseaux) ©Katya Konioukhova

Ces éléments récoltés deviennent alors le point de départ de recherches qui se développent au fil du temps. Son travail autour des oiseaux en est l’un des exemples les plus marquants. Pendant plusieurs années, elle recueille des oiseaux retrouvés après des collisions avec des fenêtres ou des véhicules. Peu à peu, cette démarche dépasse son propre travail. Des personnes commencent à lui signaler des spécimens ou à lui en apporter. Là où certains ne voyaient qu’un animal mort, d’autres commencent à porter un regard différent sur la biodiversité qui les entoure.

Pour l’artiste, les projets ne s’arrêtent pas toujours avec une exposition. Les recherches, les photographies et les textes continuent souvent leur chemin sous la forme de publications. Son premier livre auto-édité, Aux embouchures, d’abord tiré à 100 exemplaires, rencontre un succès et doit être réimprimé la même année. Depuis, des ouvrages comme Fleurs liquides ou J’ai pensé à toi, une collection d’oiseaux (2024) lui permettent d’atteindre de nouveaux publics et de diffuser son travail de façon autonome.

Magazines et photographies ©Mélissa Longpré

À travers son travail, Mélissa Longpré invite finalement à ralentir, observer et comprendre. En alliant art et science, elle montre que ces deux approches peuvent dialoguer et offrir une autre manière d’appréhender le vivant. À l’automne 2026, elle poursuivra ses recherches avec Ostéomorphose, une résidence soutenue par AdMare, aux îles-de-la-Madeleine. Un atelier de dessin et d’écriture sera proposé au public le 1er novembre au Musée de la Mer, avant une sortie de résidence dont la date sera annoncée prochainement.

Entrevue réalisée en juillet 2026 par Blandine Hrysiewicz