la bâtisse

Sanctuaire du Rosaire et de Saint-Jude

Le Livart occupe les anciens locaux du sanctuaire du Rosaire et de Saint-Jude mis sur pied par les frères dominicains en 1954. Un établissement caractéristique du domaine religieux de son quartier et implanté dans l’un des secteurs commerciaux les plus vivants de Montréal. Retraçons son parcours historique.

Situé au cœur de Plateau-Mont-Royal, le site chevauche les anciens quartiers municipaux de Saint-Jean-Baptiste et de Saint-Louis qui, au début du XIXe siècle, appartenait à quelques grands propriétaires terriens. Les lots d’établissement occupés par le Livart formaient une ferme appartenant à un certain Comte et dont le lotissement était connu sous le même nom. Celle-ci correspondrait approximativement aujourd’hui au secteur délimité par l’avenue de l’Hôtel de Ville à l’ouest, la rue Roy au sud, la rue Berri à l’est et l’avenue Mont-Royal au nord.

Atlas de Montréal, villages de Saint-Jean-Baptiste, Côte Saint-Louis et Saint-Louis-du-Mile-End  (1879)
Source : Héritage Montréal

Au début des années 1870, le développement résidentiel est amorcé dans le secteur et quatre entrepreneurs visionnaires : Ferdinard David, Sévère Rivard, Michel Laurent et Gustave S. Drolet rachètent la ferme Comte pour procéder à son lotissement.

La première véritable occupation des lots occupés par le Sanctuaire Saint-Jude, aussi connu sous le nom de Sanctuaire du Rosaire, est celle de la paroisse catholique anglophone de Saint-Agnès (Magnan, 1952). Érigée en 1905, sa création remonte au 10 août 1903 lorsqu’une pétition réclamant une nouvelle paroisse d’expression anglophone par les paroissiens de Saint-Jean-Baptiste fût déposée à Mgr. Paul Bruchesi, l’archevêque de Montréal.

Celui-ci exauça le voeu des fidèles, l’année suivante, en officialisant le projet le 21 avril 1904 dans le journal La Gazette. Le site, au limite des quartier St-Louis et du village de Saint-Jean-Baptiste, est alors choisi et approuvé le 25 juin 1904 par Mgr. Bruchesi. Ce sont ces démarches qui conduisirent à la création et aux premiers balbutiements des bâtiments aujourd’hui occupés par le Livart !

Le 27 novembre de la même année, la maison du terrain voisin rue Saint-Denis est achetée pour servir de presbytère temporaire. La réalisation de l’Église de la paroisse catholique est confiée au jeune architecte Alphonse Piché (1874-1938), très en vogue à l’époque, et complétée en 1905. L’édifice qui en résulte est d’influence néo-gothique tardive, au plan cruciforme et au chevet plat, dont la composition s’apparente à celle des églises catholiques d’Irlande. 

Église St-Agnes (1910) Sources : Archives du Musée McCord.

Les années passent, puis en 1932, toujours logée dans la maison voisine de l’Église, la paroisse décide de se doter d’un véritable presbytère. Le 25 avril, le projet est confié à l’architecte Edward J. Turcotte (1894-1975) et se termine en 1933. Le bâtiment érigé tel que connu aujourd’hui, un joyau patrimonial,  est un édifice de deux étages d’inspiration néo-Tudor, avec un grand oriel (baie vitrée courbe) sur le côté droit de la façade, des fenêtres rectangulaires et un portail ornementé. L’intérieur est richement décoré de moulures et de boiseries ainsi que de fausses poutres en bois au plafond qui ajoutent du caractère aux pièces.

Finalement, en mai 1953, en raison d’un exode de la population anglophone vers l’ouest de l’île, la paroisse, par le biais de son dernier curé, l’abbé Edmond John Jones (1894-1975), annonce sa fermeture. Les derniers offices sont célébrés en juillet de la même année et on annonce son changement de vocation au profit d’un oratoire qui sera confié aux Dominicains, établis dans le pays depuis 1873 et qui connaissent à cette époque une expansion de leur ordre.

Le saviez vous ? L’ordre des frères dominicains, aussi connu sous le nom de l’ordre des Prêcheurs ou des frères Prêcheurs, est un ordre catholique né sous l’impulsion de Saint Dominique (1170 - 1221) en 1215. La première présence au Québec remonte au 5 octobre 1873 par le rachat de la paroisse Notre-Dame-du-Rosaire à Saint-Hyacinthe.

Le 18 septembre 1953, les Dominicains entreprennent l’acquisition de ce qui est aujourd’hui connu comme le sanctuaire Saint-Jude par l’achat des deux maisons voisines du presbytère (3968 et 3676 Saint-Denis). Ils procèdent ensuite à l’acquisition de l’Église et du presbytère le 19 mai 1954 avant de racheter, en dernier lieu, la maison au nord de l’Église en 1963. Celle-ci est démolie en 1970 pour faire place au garage actuel, ce qui marque officiellement la création du sanctuaire. Le presbytère accueillera désormais les bureaux de la communauté des Dominicains, des salles communes et des chambres. Finalement, en 1964, on procède à la construction et à l’aménagement d’un couvent pour mieux servir les occupations des frères dominicains. Il s’agit de la partie la plus moderne de l’ensemble immobilier. Réalisé selon les plans de l’architecte Yves Bélanger (1909-1978), il s’agit d’un édifice en béton de trois étages de facture moderne doté d’un parement en brique jaune et d’une cour intérieure.

Les bâtiments occuperont leur fonction de sanctuaire sous la bénédiction des Dominicains jusqu’en 2004 ou, incapables de maintenir en bon état les lieux, ceux-ci se résignent à changer la vocation du site en proposant sa démolition au profit de la construction de logements résidentiels. Le projet est toutefois refusé par l’arrondissement et le Conseil du patrimoine de Montréal qui souhaitent plutôt conserver les bâtiments, dans un souci de représentation patrimoniale du quartier.

Historique du transfert-transformation de la propriété

Mis en vente à l’automne 2006, le sanctuaire est racheté séparément par plusieurs investisseurs et les bâtiments sont successivement reconvertis pour servir à d’autres fonctions. Sous l’initiative de Cindy T.-Trudeau et Marc O’Brien-Miro, avec beaucoup de persévérance, des idées novatrices et une vision d’avenir pour le patrimoine et le dynamisme du quartier, Le Livart, qui occupe les anciens bâtiments du presbytère et du couvent, voit le jour ! Le centre d’art abrite une galerie d’art, des studios d’artistes, une école d’art et une salle multifonctionnelle, depuis octobre 2016.

Presbytère (2010) Sources : Archives personnelles
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