Entrevue avec Labrona

Entrevue avec Labrona

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Ceci est le premier article d’une série d’entrevues avec les artistes-résidents du Livart.

Q. Salut ! Pourrais-tu tout d’abord nous en dire un peu plus sur toi-même ?

J’ai déménagé d’Ottawa en 1997 afin d’étudier en arts à l’Université Concordia à Montréal. Avant cela, j’étais un gribouilleur. Une fois arrivé à Montréal, je me suis impliqué dans le monde du street art et du graffiti.

Q. As-tu l’impression que Montréal a eu un impact sur ton travail ?

Tout mon travail, ainsi que mes découvertes artistiques, ont été faits à Montréal et tous ceux qui m’ont inspiré ont été rencontrés ici. Donc oui, c’est à Montréal que tout a débuté pour moi.

Q. Il y a eu un réel boom lors des dernières années sur la scène du street art à Montréal, plus particulièrement en tant que style qui est maintenant réellement perçu comme étant du « vrai art ». Comment vois-tu cette tendance évoluer dans un avenir rapproché ?

 Je crois que ce qui est réellement accepté est la création de murales. Cela a été vendu comment quelque chose de cool et rebelle, mais en réalité, ce ne sont que des gens qui font des murales. Le fait que ce soit maintenant populaire est formidable puisque je peux maintenant être payé pour peindre. Mais pour moi, le street art avec lequel j’ai grandi était fait de manière illégale et je pense que celui-ci ne sera jamais accepté.

Q. Je crois que tu as raison. Les gens font encore une distinction entre les œuvres commandées et le reste. Mis à part son illégalité, pourquoi penses-tu que le street art a autant de difficulté à être accepté ?

Les œuvres publiques commandées ont toujours existé, mais le street art est différent. Je ne sais pas pourquoi. Nous n’avons jamais fait de street art pour être accepté, donc je n’y ai jamais réellement pensé. C’est un mouvement qui a commencé à être approuvé une fois que les gens ont découvert à quel point celui-ci pouvait être lucratif.

Q. En effet, j’ai vu beaucoup trop de compagnies copier des œuvres de street art, essayant ainsi de donner un côté cool et rebelle à leurs produits, faire de l’argent avec ces œuvres et ensuite déclarer que leurs actions n’étaient pas réprimandables puisque les œuvres volées avaient été faites illégalement. Il y a une réelle hypocrisie à ce niveau.

 C’est très fréquent. Beaucoup décident aussi d’accrocher des œuvres dans une galerie et d’appeler cela du street art. Les galeries sont formidables, mais le charme du street art est qu’il n’y ait pas de commissaire.  Nous pouvons mettre ce que l’on veut.

Q. Est-ce que tu penses souvent à cette distinction lorsque tu vois tes œuvres dans une galerie ? T’arrive-t-il de te sentir en conflit ?

Non, il faut que je subvienne à mes besoins. Je vois le tout comme étant deux pratiques différentes. Ce que je fais en studio est beaucoup plus sérieux et plus travaillé. Le street art est fait dans le moment et le plus rapidement possible.

Q. Fais-tu encore beaucoup de street art?

Oui, mais beaucoup moins qu’avant.

 

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Q. Parlons un peu plus de ton travail. Tu as clairement un intérêt prononcé pour les visages et les expressions faciales. Tes œuvres semblent être inspirées par l’expressionisme allemand. D’où vient cet intérêt ?

Oui, j’adore l’expressionisme allemand. Arrivé à l’université, je ne connaissais absolument rien des arts et donc, tel un bon étudiant, je me suis plongé dans les livres à la bibliothèque. J’ai été époustouflé par ce que j’y ai trouvé, alors lorsque j’ai commencé à faire du street art, j’ai utilisé ces influences dans mon travail.

Q. Qu’est-ce qui t’attires dans l’expressionisme allemand ?

 Je pense qu’en tant que jeune homme, c’était l’anxiété profonde et la noirceur, des trucs très lourds.

Q. Comment ton travail a-t-il évolué au fil des ans ?

Après 20 ans, j’ai appris énormément et j’ai passé à travers beaucoup d’expériences. J’utilise donc cela dans mon art. J’essaye de progresser constamment et de m’améliorer en créant des œuvres plus intéressantes. Je continue de faire mon métier et j’espère pouvoir évoluer.

Q. Tu mentionnais plus tôt cette anxiété et cette noirceur qui t’avaient attiré lorsque tu as commencé à faire de l’art. Vois-tu encore ces caractéristiques dans ton travail ?

Oui, j’utilise mon art comme un filtre pour toute la folie qui se passe dans le monde, mais j’aimerais tout de même donner de l’espoir aux gens.

Q. Je vois comment cela pourrait être le cas. Les visages que tu peints ont une sérénité à la Mona Lisa.

Cool. Un calme et une sérénité face à la folie de l’humanité tout entière. Un truc du genre.

 

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Q. J’ai lu que tu étais collectionneur de vinyles. Écoutes-tu beaucoup de musique lorsque tu travailles ?

Oui, je suis un mordu de vinyles. J’écoutes soit des vinyles ou des podcasts, des documentaires et des films en streaming.

Q. Y a-t-il quelque chose qui t’intéresse en particulier ces jours-ci ?

Oui, beaucoup de choses, mais récemment, j’écoute surtout de la musique venant de groupes montréalais que j’ai ignoré à l’époque, lorsqu’ils étaient au sommet de leur carrière : Wolf Parade, Arcade Fire and Plants and Animals.

Q. Super. As-tu des projets prévus dans un futur proche ?

J’ai un projet de murale sur lequel je prévois travailler avec mon ami Troy Lovegates à Toronto en Septembre. Je suis très excité à l’idée de collaborer avec ami et je prévois de plus peindre quelque chose de très complexe, donc ce sera un défi pour moi.

Labrona loue présentement un studio au Livart. Ce centre d’art contemporain ouvrira ses portes à l’automne 2015. Vous aurez ainsi la chance de voir vos artistes à l’oeuvre!



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